Colloque de Taissy sur les enjeux énergétiques
 
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Colloque de Taissy sur les enjeux énergétiques

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A lire
Le dossier noir des agrocarburants
De quoi parle-t-on?
Comment le contribuable finance un monopole
Les positions de la Conf
(4 pages, février 2008)
Dossier(s) du mensuel Campagnes Solidaires
Pesticides : pas de réduction sans volonté politique
CS n° 207 | mai 2006
Biocarburants, miroir aux alouettes ?
CS n° 202 | déc 2005
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Face aux enjeux énergétiques, quelle politique agricole européenne et régionale ?

Actes du colloque de Taissy (Champagne-Ardenne), 16-17 novembre 2006.

Ce colloque sur le thème «Énergie et agriculture » revêt une importance toute particulière, pour plusieurs raisons. L’augmentation du prix du pétrole nous a rappelé que l’exploitation des ressources pétrolières touchait à sa fin et que la production agricole était consommatrice d’énergie avec toutes les conséquences en terme de dépendance et de coûts de production. Le réchauffement climatique lié au rejet de gaz à effet de serre nécessite des mesures qui passent pour partie par le développement des énergies renouvelables. Des mesures ont déjà été actées lors des accords de Kyoto en 1997 (elles n’ont pas été ratifiées par tous les pays et n’ont pas atteint leurs objectifs) et par la directive européenne qui oblige à incorporer 10 % de biocarburants d’ici 2010. Enfin, la localisation de ces journées à Reims qui accueille un pôle de compétitivité de dimension mondiale sur les utilisations non alimentaires des productions agricoles est tout à fait appropriée.


Dans ce contexte, les biocarburants, que nous appellerons plutôt agrocarburants, se sont retrouvés dans une voie royale. Il n’est pas une semaine, pour ne pas dire une journée, sans qu’il s’agisse «du plan biocarburants» ou du mondial de l’automobile, sans que les médias, les politiques et les professionnels ne présentent les agrocarburants comme la réponse qui va permettre de remplacer le pétrole. Ils sont donc très bien perçus par la grande majorité des citoyens, et pour cause, puisque l’on pourra continuer à consommer autant, sans remise en cause du système actuel et en plus avec des énergies issues de la biomasse et que l’on nomme même «bio».


Il semble important de rappeler que l’objectif du développement de ces énergies renouvelables est de faire face à la fin du pétrole et surtout de réduire les rejets de gaz à effet de serre (responsable du réchauffement climatique). Cela bien sûr dans le cadre d’un développement et d’une agriculture durable qui prennent en compte les dimensions environnementales, économiques mais aussi sociales. Pour le secteur agricole, c’est ce que nous appelons à la Confédération Paysanne l’Agriculture paysanne.

La question essentielle est donc bien de savoir comment l’agriculture et les agriculteurs peuvent apporter, pour partie, des réponses à ces problèmes d’énergie et de réchauffement climatique. Pour quelle part peuvent-ils contribuer à la production de ressources énergétiques: 5, 10, 20, 50 %, sachant que demain il faudra nourrir 9 milliards d’humains sur la planète ? Dans quelles conditions et avec quel type d’agriculture : industrielle, intensive, extensive, biologique ? Avec combien d’agriculteurs et avec quel revenu ? Avec quels types de filières : industrielles, courtes,...? Avec quel type de biomasse ? (on nous parle déjà d’agrobiocarburants de deuxième génération), et à quel prix pour le producteur ? Enfin, avec quel coût pour le contribuable ? Des réponses à ces questions doit découler bien sûr la mise en place de politiques agricoles appropriées.


Pour introduire ce colloque, quelques données ou déclarations, non exhaustives, montrant la nécessité d’un vrai débat, doivent être rappeler. Il est prévu que les biocarburants se substituent à hauteur de 10 % à l’essence ou au gasoil ; cela représenterait 20 % de la surface agricole. Pourra-t-on à la fois nourrir 9 milliards d’humains de la planète demain et produire de l’énergie et des produits industriels dans le cadre d’une agriculture durable ?

Les transports représentent 10 % des gaz à effet de serre. Donc, en incorporant les agrocarburants à hauteur de 10 % dans l’essence et le gasoil, cela représenterait un impact de moins de 1 % sur les émissions de gaz à effet de serre. Alors que le gouvernement, à travers messieurs Bussereau et Breton, respectivement ministre de l’Agriculture et de l’Économie, donnent de nouveaux agréments d’usines et lancent l’E85 avec le soutien des professionnels (et même de l’Ademe). Dans le même temps, des betteraviers manifestent pour dénoncer les prix très bas de la betterave-éthanol. D’autres, comme l’INRA ou le commissaire européen à l’environnement (M. Dimas), posent la question des bilans énergétiques, de l’impact sur l’environnement et de la concurrence avec les productions alimentaires.

Enfin, ne va-t’on pas importer nos agrocarburants ou les produire à partir d’huile ou d’alcool d’importation (Brésil, Malaisie,…) ? On peut le craindre en écoutant M. Mandi de l’AIE (1) suggéré à l’Union Européenne et aux États-Unis de s’approvisionner au Brésil ou en Inde plutôt que de développer des filières non rentables. Il pose aussi la question de savoir si le développement des agrocarburants en Europe relève d’une politique agricole ou d’une politique énergétique.


1. Agence internationale de l’énergie.


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