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AGRICULTURE ET ALIMENTATION
10.08.2026

Crise fourragère : priorité aux élevages, pas aux méthaniseurs !

Les éleveur·euses des filières ruminantes connaissent actuellement de réelles difficultés en raison de la sécheresse, des épisodes caniculaires et des incendies. Les déficits de pousse de l'herbe et les pertes de stocks de fourrages sont conséquents, allant de 30 à 60 % selon les régions. Les réserves hivernales sont déjà entamées dans de nombreuses fermes. Les difficultés d'accès à certains pâturages, notamment dans les zones de collines et de forêt touchées ou menacées par les incendies, accentuent encore les besoins en fourrage, particulièrement pour les systèmes pastoraux et l'élevage extensif. L'incertitude quant à une reprise de la pousse à l'automne laisse présager une forte décapitalisation des troupeaux à l'entrée de l'hiver, avec un risque d'impact durable sur les filières.

Dans ce contexte, toute concurrence faite à l'élevage et à la production alimentaire est inadmissible. Il n'est pas acceptable qu'aucune orientation réglementaire ne soit prise afin de donner la priorité aux éleveur·euses pour l'accès aux ressources fourragères. Dans un contexte aussi tendu, la méthanisation ne peut pas devenir un facteur de concurrence et de spéculation. Cette spéculation aura un impact direct sur le prix et l'accès au fourrage pour tous·tes les éleveur·euses. La souveraineté alimentaire de notre pays ne peut être mise en danger par la production énergétique.

Actuellement, la méthanisation bénéficie de tarifs d'achat garantis par l'État, alors que les éleveur·euses subissent la dérégulation des marchés et les accords de libre-échange. S'ajoutent à cela la sécheresse et le risque de décapitalisation des cheptels, qui est aussi un moyen pour les opérateurs des filières de tirer les prix vers le bas.

De la même manière, alors que la ressource en eau est rare, comment est-il possible qu'aucune priorisation des usages ne soit actée sur ce sujet ! Pour la Confédération paysanne, il est inacceptable que des cultures destinées à la production d'énergie ou d'agrocarburants puissent, en pleine sécheresse, continuer à être irriguées sans restriction.

Au vu de la situation, des orientations fortes et cohérentes sont attendues. Annoncer que « l'élevage reste prioritaire dans l'accès aux fourrages » est sans effet si aucune mesure ne permet de mettre en place cette priorisation afin de stopper la spéculation. À rebours du cap donné par la loi d'urgence agricole, il est indispensable de penser dès aujourd'hui à la robustesse de nos filières. Pour cela il faut notamment : 

•    réorienter les aides publiques vers la transition agroécologique ;
•    favoriser la diversification des ressources fourragères ;
•    faire de la plantation de haies une priorité ;
•    orienter la sélection génétique vers davantage de rusticité.

Cependant, toutes ces mesures techniques, agronomiques et zootechniques ne pourront être efficaces si le revenu des paysan·nes n'est pas garanti ! Il n'y aura pas d'adaptation aux conséquences du dérèglement climatique sans le maintien de paysan·nes nombreux·euses sur les territoires ! En conséquence, les urgences restent les mêmes :

•    stopper la mise en concurrence par des marchés dérégulés, soumis à des accords de libre-échange toujours plus nombreux et destructeurs ;
•    encadrer les relations commerciales à l'aide d'outils de régulation (prix planchers, tunnels de prix, etc.) afin de permettre une juste répartition de la valeur ;
•    permettre le développement de filières locales et de qualité en accélérant l'approvisionnement de la restauration collective avec des productions locales, de qualité et correctement rémunérées.

Le constat est amer, mais il était prévisible. L'incurie des orientations politiques, matérialisée par les différentes lois qui se sont succédé ces dernières années, met aujourd'hui en péril la survie des éleveur·euses ! Il est plus que temps de changer de paradigme et d'agir dans l'intérêt des paysan·nes, des citoyen·nes et de notre souveraineté alimentaire.
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